Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 21:28

23 janvier 2017, 19 h 14

vaches-Belgique© Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info - Licence : CC BY-NC-SA

Les émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre, connaissent une nouvelle envolée depuis quelques années. Si les causes ne sont pas clairement identifiées, l'empreinte de plus en plus pesante de l'élevage et la production de déchets dans le monde sont les hypothèses principales.

Selon un bilan complet des émissions de méthane réalisé par une équipe de recherche internationale menée par le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE, CEA/CNRS/UVSQ), la croissance des émissions de méthane augmente depuis 2007 avec une accélération depuis 2014, après une période de stabilisation au début des années 2000.

Le méthane est le 2ème gaz à effet de serre (après le dioxyde de carbone, CO2) contribuant à 20 % de l'effet de serre additionnel lié aux activités humaines. C'est un puissant gaz à effet de serre qui provient de la dégradation de la matière végétale par des bactéries méthanogènes, dans un milieu pauvre en oxygène. Bien que ses concentrations dans l'atmosphère sont plus faibles que le CO2, son Pouvoir de Réchauffement Global (PRG)[1] est 28 fois supérieur.

Les différentes sources de méthane

Le méthane provient de différentes sources :

  • naturelles (41% des émissions) : zones inondées, lacs, réservoirs, termites, sources géologiques, hydrates, etc. Selon l'étude, la contribution de ces sources au bilan global est "probablement surestimée" selon l'étude.
  • anthropiques, c'est à dire issues de nos activités contribuent à 59 % des émissions totales de méthane dans l'atmosphère avec une dominance (34 %) des activités liées à l'agriculture (ruminants et culture du riz) et aux traitements des déchets (solides et liquides).
  • fossiles : Le dégazage de méthane (formé il y a plus de 50 000 ans) pourrait représenter jusqu‘à 30 % des émissions totales (bien que ce résultat soit encore discuté) avec la répartition suivante : 21 % dus à l'exploitation du charbon, du pétrole et du gaz et 9 % d'origine naturelle (dégazage géologique).

 

methane-bilan-2003-2012Bilan des émissions et puits de méthane de 2003 à 2012 en million de tonnes de CH4 par an (moyenne 2003 à 212)
© Global Carbon Project - Licence : Tous droits réservés

 

La moitié des émissions de méthane proviennent d'Amérique du Sud tropicale, d'Asie du Sud Est et de Chine.

De plus en plus de méthane dans l'atmosphère

Si cela fait fait plus de deux mille ans que les concentrations de méthane dans l'atmosphère augmentent, elles ont plus que doublé depuis l'Ere Industrielle atteignant 1835 ppb[2] en 2015, contre seulement 730 ppb en 1750. Pire, celles-ci connaissent une forte augmentation depuis 2007, après une période de stabilisation au début des années 2000.

Cette évolution récente des sources de méthane demeure "mal comprise" : « Il se pourrait que cette hausse résulte d'une augmentation des émissions de méthane liées à l'agriculture. Cependant une augmentation des émissions associées à l'exploitation des énergies fossiles ne peut pas être exclue pour le moment. », précise Philippe Bousquet, professeur à l'UVSQ et co-auteur de l'étude au LSCE.

La croissance démographique galopante de l'humanité couplée avec l'occidentalisation des modes de vie conduit irrémédiablement à une très forte augmentation des déchets produits, de la consommation de viande et de lait et donc à la généralisation de l'élevage, partout dans le monde.

Or, de tous les types d'émissions, l'élevage est de loin le plus grand émetteur de CH4, souligne l'étude, à cause de la fermentation entérique, c'est-à-dire les rots et flatulences issus de la digestion des ruminants.

Notons que la majorité des émissions de méthane liées à l'agriculture et aux déchets proviennent d'Inde, de Chine, d'Europe, des USA et d'Eurasie centrale.

Deux autres hypothèses sont évoquées :

  • la hausse des émissions liées à l'exploitation des énergies fossiles et
  • la baisse du puits chimique du méthane dans l'atmosphère.

Des émissions non prises en compte dans les rapports du GIEC

Cette envolée des émissions de méthane inquiète : non prise en compte dans les scénarios "moyens" du GIEC, elle rend impossible l'objectif de maintenir le seuil d'augmentation de la température au dessous de 2°C, explique Philippe Bousquet : « d'après notre étude, l'évolution actuelle des concentrations de méthane atmosphérique n'est reproduite dans aucun scénario climatique imaginé pour le dernier rapport du Giec : trois sont trop optimistes et le dernier est un peu trop pessimiste. Il sera donc utile de revoir ces scénarios pour le prochain exercice du Giec. »

Autrement dit, la croissance actuelle des émissions de méthane est aussi rapide que le scénario le plus pessimiste du 5e rapport du GIEC et pousse l'augmentation des températures au-dessus de 3°C, intenable pour nos sociétés.

Par conséquent, les auteurs de l'étude demandent que l'on redouble d'attention et d'expertise scientifique pour mieux quantifier puis diminuer les émissions de méthane, ce qui apporterait des bénéfices rapides[3] et complémentaires aux efforts de réductions des émissions de CO2 dans l'atmosphère.

Marielle Saunois, enseignant-chercheur à l'UVSQ et coordinatrice de l'étude ajoute qu' « il est impératif de continuer les efforts de quantification du bilan mondial du méthane, avec des mises à jour régulières comme pour le dioxyde de carbone car la diminution des émissions de méthane peut être 4 rapidement bénéfique pour le climat . Si on veut rester sous la barre des 2°C, il ne faut pas se contenter de limiter les émissions de dioxyde de carbone, il faut aussi réduire celles de méthane. »

Le Global Carbon Atlas dresse, chaque année, un bilan des émissions et de puits de carbone et de méthane dans l'atmosphère.

Notes

  1. Le pouvoir de réchauffement global (PRG) est un indicateur qui vise à regrouper sous une seule valeur l'effet additionné de toutes les substances contribuant à l'accroissement de l'effet de serre. Ainsi, la durée de vie du méthane dans l'atmosphère est plus courte que celle du CO2 mais l'effet de serre exercé par le méthane est 28 fois plus élevé que celui du CO2 (sur un horizon de 100 ans).
  2. ppb = parties par milliard.
  3. Par rapport au CO2, le méthane a une durée de vie plus courte dans l'atmosphère : 10 ans contre environ 1 siècle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis sur les changements climatiques.
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Denis Laforme.
  • Le blog de Denis Laforme.
  • : Vise à mieux faire comprendre les changements climatiques, leurs causes et les amorces de solutions possibles. En ce sens, on étudie le réchauffement climatique, le climat, l'effet de serre, les cycles glaciaires-interglaciaires, les économies renouvelables, les économies d'énergie et d'autres sujets connexes.
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Liens